Peter Martinc

Peter Martinc est le nom qui s’est imposé à nous lorsque nous avons créé notre association culturelle en 1998. C’est ainsi, en effet, que nous avons décidé de baptiser notre association en hommage au Professeur Peter Martin, pédagogue, humaniste, et fervent ambassadeur de la langue et de la culture française en Slovénie. Son action durant plus de trente ans s’est plus particulièrement déployée à Primorska, sur le littoral slovène, y laissant une trace pérenne.

Peter Martinc voit le jour le 21 avril 1899 à Caporetto. Il passe son enfance à Gorizia, où il fréquente le lycée allemand. L’arrivée de la Grande Guerre l’oblige à interrompre ses études qu’il poursuit néanmoins à Vienne  et à Ljubljana, dans des conditions très difficiles. En 1920, il s’inscrit à la Faculté des lettres à de Ljubljana, où il rencontre le poète Srečko Kosovel. De cette rencontre  nait une grande amitié qui durera jusqu’à la mort prématurée du poète. Lucien Tesnière, alors lecteur de français à la faculté, apprécie le talent de Martinc et suggère au gouvernement français de lui octroyer une bourse d’étude. Peter Martinc passe ensuite une année  en France où il suit des cours de littérature et de langue française et notamment des cours de provençal à la faculté des lettres à d’Aix-en-Provence et à la Sorbonne. Plongé dans la littérature moderne, il à initie son ami Srečko Kosovel aux courants d’avant-garde dans la littérature contemporaine européenne.
Une fois revenu de France, il achève ses études en 1926 et présente sa thèse sur « Le sentiment moderne chez François Villon, avec introduction biographique ».

Son diplôme en poche, il peine à trouver du travail en Slovénie, partageant ainsi le destin de nombreux émigrants qui ont dû fuir Primorska face à la persécution de l’Italie fasciste. Entre 1927 et 1941, il enseigne d’abord au lycée pédagogique de Čakovec puis à Gospič, avec une brève interruption en 1931 pour passer son concours de professeur de littérature et de langue française à Ljubljana.

Pendant la  2ème guerre mondiale, il est d’abord fait prisonnier par les ustaša (collaborateurs croates), puis envoyé à Karlovac, d’où il rejoint le mouvement de la résistance. En 1943, il organise l’enseignement dans le territoire libre de Kordun. Il enseigne aussi au lycée de Glina et écrit dans le journal Vijesnik.

En 1945, il regagne sa région natale libérée pour « contribuer à la reconstruction de l’enseignement national », comme il l’écrit lui-même, dans un premier temps à Gorizia puis à Koper, où il devient, en 1949, responsable de l’école italienne au sein du Comité national de l’Istrie. En septembre 1950 il est nommé proviseur du lycée slovène de Koper, poste qu’il occupera jusqu’en 1963. Parallèlement, il enseigne, le français, l’italien, le latin et l’allemand. Et, le linguiste accompli qu’il est, possède également l’espagnol, l’anglais et le russe.

En marge de son travail pédagogique, il participe activement à la vie politique. Il écrit,  traduit. Y compris une fois retraité, en 1968, alors que déjà malade, il n’interrompra jamais son enseignement du français au lycée, devenu son véritable « chez soi ». Il disparaît en 1978.

Son travail lui vaut plusieurs récompenses. Deux prix en 1969 : « 15 mai de la municipalité de Koper » et« Stane Žagar» qui récompensera son travail dans le domaine de l’enseignement. En 1971 il se voit attribuer la plaquette du Front de Libération. Et, en 1983 Koper lui rend hommage en baptisant le square voisin du lycée slovène du nom de Peter Martinc.

Le souvenir du Professeur Peter Martinc demeure dans les mémoires des jeunes générations auxquelles il a prodigué son enseignement ainsi que dans les mémoires de tous ceux qui l’ont connu et apprécié en tant qu’humaniste, homme d’expérience et de dévotion tant à son métier qu’à ses disciples. Son autorité s’imposait naturellement par le biais de son immense érudition, de son ouverture d’esprit et de son extrême tolérance, autant de valeurs qu’il a généreusement su transmettre à des génération d’élèves, en même temps qu’il leur a légué son amour du verbe, de la littérature, de la langue et de la culture françaises.

srecko-in-peterLucija Čok, Srečko in Peter: de l’amitié entre Srečko Kosovel et Peter Martinc, Koper: Kulturno društvo Peter Martinc: Univerza na Primorskem, Znanostveno-raziskovalno središče, Univerzitetna založba Annales, 2014

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